[à partager] Méli-Mélo de livres… numériques !

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Je ne suis pas journaliste, pas vraiment blogueuse non plus… mais lorsque Pépita a annoncé qu’elle allait désormais chroniquer des livres numériques, j’ai eu envie de lui poser quelques questions sur sa pratique et son retour d’usages en bibliothèque. En effet, à la lecture de son billet “Du nouveau sur Méli-Mélo : rubrique numérique !”, je me suis dit que cinq ans d’expérimentation valaient bien cinq petites questions :

“Dans mon travail de bibliothécaire jeunesse et plus précisément de référent petite enfance, cela fait maintenant plus de trois ans que j’expérimente la tablette numérique. A ce stade-là, on peut parler de réelle pratique, qui a pris du recul, qui s’interroge, qui observe ce qui se joue, aussi bien au niveau de l’enfant que de l’adulte. Et c’est passionnant !”

Pépita m’a alors fait le plaisir d’y répondre. Et c’est passionnant !

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Vous postez depuis peu un billet “Appli coup de cœur” sur votre blog Meli-Melo de livres. Pourquoi souhaitiez-vous partager (seulement) maintenant vos découvertes numériques ? Est-ce l’offre qui a évolué favorablement ou bien sentez-vous de la curiosité pour ce médium chez vos lecteurs ? 

Meli-Melo de livres numériques - Appli Coup de CoeurMon blog existe depuis bientôt quatre ans et c’est d’abord un espace de partage de lectures jeunesse. C’est mon métier et plus que ça, ma passion. Et puis l’aventure du blog vous fait évoluer, vous avez aussi envie d’aller plus loin, de diversifier vos chroniques (parce que si je m’écoutais, il n’y aurait que des romans !). Le numérique est arrivé dans ma pratique début 2011 et s’est frayé un chemin fait de tâtonnements, d’expérimentation, d’observation et de prise de recul. Ce n’est pas mon métier, mais en tant que médiateur jeunesse, il est impossible pour moi de ne pas m’intéresser aux évolutions technologiques actuelles qui bousculent nos pratiques. Je suis aussi maman de quatre ados, alors il ne s’agit pas d’être larguée ! Petit à petit, je me suis sentie « légitime » pour en chroniquer, pour partager aussi ces découvertes de qualité avec les lecteurs de mon blog. J’ai donc réfléchi à une forme proche de mes chroniques livres, à un petit logo (dessiné par ma fille) et au temps que je pouvais y consacrer, une fois par mois dans un premier temps, le premier dimanche du mois pour m’en souvenir et créer un rendez-vous régulier. Je n’ai pourtant  pas eu de demande particulière de mon lectorat mais je constate que ces chroniques sont lues. A la base, ce n’est donc pas une question d’offre qui évoluerait favorablement, bien au contraire. D’ailleurs, les applications dont j’ai envie de parler ne sont pas des applications « récentes » (je mets entre guillemets car c’est un marché très jeune !), mais des applications qui ont fait leurs preuves et que j’ai plaisir à utiliser. De mon point de vue, en tout cas c’est mon ressenti, je trouve cela plus difficile de chroniquer une application qu’un livre, j’y passe plus de temps car de nombreux critères sont à prendre en compte. C’est difficile aussi de décrire par écrit l’interactivité d’une application, l’expérimenter est bien plus parlant. En cela, je suis assez critique sur le rendu qui ne me satisfait pas totalement mais je persévère. J’ai  aussi  besoin  de poser les choses à l’écrit, ça permet une prise de recul salutaire intellectuellement et constitue aussi une base de données sur ce que je lis ou découvre. Ma première et unique motivation reste la découverte et le partage et non pas l’envie que mon petit espace de liberté que constitue mon blog devienne trop professionnel, ce n’est pas du tout mon but.

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Vous précisez sur votre site que cela fait maintenant un peu plus de trois ans que vous utilisez (je n’ose pas dire “expérimentez”) la tablette dans votre métier de tous les jours – à savoir bibliothécaire jeunesse.

Oui, je préfère aussi le terme expérimenter car se lancer dans le numérique suppose beaucoup de temps en plus de ses activités courantes, beaucoup de lecture (!), de curiosité sur ses évolutions très rapides et accepter qu’on ne peut pas être totalement au courant de tout. C’est aussi organiser sa veille, penser des animations, oser tester, observer, en parler avec l’adulte réticent et c’est légitime, accompagner, observer, évaluer et se remettre en question en permanence. C’est très empirique en fait.
Je me suis aussi longtemps posée la question de la légitimité des bibliothécaires de présenter cette offre…Je ne me la pose plus maintenant car on a aussi un rôle d’applithécaire en quelque sorte. Notre métier évolue et c’est bien !


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- Quel type d’activités proposez-vous ? 

Je suis référente petite enfance alors j’ai eu envie très rapidement de proposer des applications en complémentarité du livre dans mes accueils petite enfance. Ma démarche est vraiment la suivante : ne pas opposer les deux supports, je suis d’abord bibliothécaire ! Mais jouer sur leur complémentarité avec un objectif essentiel de qualité . La difficulté principale, c’est  la qualité des applications qui n’est pas toujours au rendez-vous donc on a moins la possibilité de renouveler son offre comme dans le livre. Il faut aussi faire adhérer les adultes  (et en l’occurrence des professionnels de la petite enfance) de la pertinence de cette approche.  J’y vais donc en douceur et je propose du numérique uniquement si je le sens, je ne vais pas faire pour faire et ce sont en plus des plus petits, il faut être vigilant par rapport aux écrans (du moins est-ce le discours ambiant…). Dans ma pratique, je constate que le numérique n’a pas beaucoup de sens avant 18 mois-2 ans et encore, tout dépend comment on l’aborde. L’accompagnement de l’adulte est en effet indispensable. L’apport d’une application dans un accueil petite enfance n’aura de sens que s’il constitue une plus-value et que si les petits sont en petit groupe pour leur permettre de manipuler car la manipulation est pour eux un moyen d’apprendre.

Ensuite, depuis 2 ans, je propose des heures du conte numérique, en alternance avec des heures du conte plus traditionnels ( avec une conteuse). Je sélectionne donc les applications, en général en lien avec la programmation culturelle en cours pour donner là encore du lien ( mais là encore se pose la question des contenus). Je propose les applications sur grand écran dans l’auditorium, c’est moi qui manipule dans un premier temps. Si j’estime que le narrateur de l’appli n’est pas très bon, je coupe le son et je raconte moi-même. C’est dommage en effet de ne pas profiter d’une belle appli graphiquement, uniquement si le son n’est pas bon ! Par contre, l’inverse n’est pas vrai. Ensuite, les enfants accompagnés d’un adulte ont à leur disposition une tablette (en général une pour deux) pour qu’ils puissent eux-mêmes découvrir. Ce qui suppose un important travail de téléchargement en amont et de coût. La séance est donc volontairement limitée à 20 enfants et à partir de 4 ans, pour cette raison mais aussi pour me permettre d’être disponible pour les accompagner au mieux et répondre à leurs questions.

J’anime également des goûters-lecture pour les enfants de 8 à 12 ans et il m’arrive aussi de leur proposer des activités sur la tablette (BD ou cadavres exquis) mais toujours en lien avec la lecture. Je propose très peu de jeux, je le laisse à mes collègues du secteur multimédia pour les temps d’accueils périscolaires par exemple ou pour des ateliers dédiés aux enfants (musique, photos…).

Au secteur jeunesse, nous mettons aussi à disposition en consultation sur place une tablette avec des applications sélectionnés sur différentes pages : éveil et apprentissages, contes et histoires, documentaires, dessin-musique…

Les autres secteurs en font de même en lien avec leur public.

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- Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez les petits lecteurs et leurs parents ? 

Chez les petits lecteurs et ce n’est pas un scoop, leurs dispositions naturelles à tester cet outil. On repère d’ailleurs très vite les enfants qui ont ce type de supports à la maison ! Chez certains enfants, cela prend le pas sur l’offre proposée en livres, à nous donc de leur suggérer des lectures, certains parents déplorent d’ailleurs de trouver une offre numérique en jeunesse, plus par exigence pseudo-éducative ( et ce sont certainement les mêmes qui mettent leurs enfants devant la télé le dimanche matin pour faire la grasse-matinée !). Mais si on discute avec eux, on se rend vite compte que pour l’adulte, c’est un manque de formation par rapport au support et ma foi, pas mal de préjugés. Si on prend le temps, et il faut le prendre, de leur montrer la valeur ajoutée du numérique, ils sont souvent surpris. Insister sur la qualité aussi et l’accompagnement indispensable, mais cela vaut aussi pour les livres ! La parentalité est considérablement démunie aujourd’hui face aux enjeux du numérique au sens large, mais c’est un vaste débat….Un enjeu de société.

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- Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’offre numérique actuelle ?

L’offre numérique actuelle est bien moins intéressante qu’à ses débuts : elle est inégale, de plus en plus commerciale, parfois même inutile car trop d’offre tue l’offre. Elle n’est pas très lisible pour l’utilisateur lambda. Pour ma part, je n’en peux plus de ces graphismes criards, de ces lectures bâclées, de fautes de français même ! C’est un paradoxe de taille d’ailleurs : un secteur qui a bien du mal à percer car modèle économique fragile mais qui ne remet guère en question son offre… Heureusement, certains éditeurs font un travail de qualité, on les repère assez vite, mais comme cela coûte cher de faire du numérique, l’offre se renouvelle au final lentement.

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-Auriez-vous un ou deux conseils à prodiguer à vos collègues souhaitant développer une offre numérique ?.

De bien prendre conscience du temps à y consacrer car c’est une activité très chronophage.

De se faire plaisir, d’oser des nouvelles formes, d’échanger avec son public et donc de trouver son modèle car ce qui vaut dans un endroit ne vaut pas forcément dans un autre.

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-Quels sont les principaux écueils à éviter ?

Le coût du numérique : c’est un investissement important donc bien border son projet en amont. C’est un domaine en perpétuel changement du fait de l’avancée très rapide des nouvelles technologies, donc on est très vite obsolète techniquement. Il ne faut pas l’envisager comme un frein mais il faut l’intégrer dans un processus d’investissement à long terme. Il y a aussi le souci des cartes pré-payées pas toujours compatible avec le fonctionnement comptable des collectivités. Tout l’aspect aussi technique à gérer ( téléchargement, mises à jour, casse, vol,….). Avoir cela en tête dés le départ permet d’être plus serein après.

De vouloir faire pour faire parce que d’autres font. Le numérique impose une sacrée prise de recul et une pleine conscience de ses défauts : avoir un esprit critique constructif donc.

Mais ce sont des supports qu’il ne faut pas diaboliser mais s’approprier car ils sont aussi vecteurs de partage et de découverte ….comme le livre !

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Rubrique numérique de Méli-Mélo de livres – tous les premiers dimanches du mois !

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