[A suivre] L’Association des Pédiatres Américains, les enfants et le temps d’écran – une lente évolution

Dans son billet “Screen Time and Kids – Pediatricians work on a new prescription” sur le site du Huffington Post,  Diana Graber écrit que l’Association des Pédiatres Américains (AAP) serait en train de revoir ses préconisations (certains diront “règles”) en matière d’écran / de temps d’écran. Il était temps !

C’est en tout cas ce qu’il ressort d’un symposium “Growing Up Digital: Media Research Symposium” organisé en mai dernier et rassemblant pédiatres, chercheurs en sciences sociales, neuro-physiciens, enseignants, etc.

L’AAP souhaite communiquer sur le fait que les recommandations de l’association sont basées sur les résultats de recherches scientifiques – les plus récentes – au risque que celles-ci ne soient jugées obsolètes et rejetées en bloc. Ici, il n’est pas (plus ?) question de temps d’écran mais de grandes lignes directrices…

La recherche est assez claire sur le fait que les tout-petits apprennent d’abord des conversations avec les autres, de la relation aux autres, du monde réel / physique. Les moments de jeux libres permettent de développer leur créativité tandis qu’il est essentiel qu’il y ait une interaction lorsqu’ils regardent la télé ou font usage d’autres média. C’est le concept du “co-viewing media” de plus en plus cité dans la littérature spécialisée.

Pour les plus grands, les relations en ligne sont une partie intégrale du développement de l’adolescent d’aujourd’hui mais cela nécessite – là aussi – un accompagnement. On peut lire à cet effet la définition qu’en faisaient les Cahiers Pédagogiques déjà en 2011:

“Que l’accompagnement soit dans ou hors l’école, qu’il soit fait par l’enseignant ou par un tiers, il ne semble porter ses fruits qu’à condition que la posture de l’accompagnant soit dans le « à côté ». Il ne s’agit pas de renoncer à enseigner, mais bien d’aider l’accompagné à devenir autonome dans ses apprentissages.”

source : Dossier des Cahiers Pédagogiques coordonné par Sylvie Grau et Jean-Michel Zakhartchouk – Hors-série n°22 – 2011

Fondamentalement, le rôle et les responsabilités des parents n’ont guère changé. Les usages et règles d’hier sont toujours d’actualité. Il faut seulement les élargir aux environnements numériques. Les parents doivent s’impliquer (en ligne), se familiariser avec les applications de type Snapchat, peut-être même apprendre quelques acronymes de type LOL (ndlr : on notera ici que LOL et mdr ne sont déjà plus à la mode chez nos ados chéris) mais surtout être des rôles modèles que ce soit en ligne ou en mode déconnecté. Cela implique de poser les téléphones et d’avoir des conversations “normales”, hors technologie avec les enfants.

Voilà certains des conseils que l’on peut trouver sur le site de l’AAP  :

  • Traitez les média comme tout autre environnement dans lequel évolue les enfants :
    – les mêmes règles parentales s’appliquent dans les environnements réels ou virtuels.
  • Fixez des limites et encouragez les moments de jeu réel ou physique.
  • Les familles qui jouent ensemble, apprennent ensemble – une manière conviviale d’appréhender la netiquette, la protection de leurs données privées…
  • Soyez un bon rôle modèle en limitant votre propre temps d’écran ou en cherchant des moments d’échanges hors-technologie
  • Créez des zones et des moments (comme celui des repas) “tech-free” où la technologie n’est pas présente.
  • N’utilisez pas la technologie comme d’une tétine pour apaiser un moment émotionnellement chargé. 
  • Applications pour les enfants : faites vos devoirs : faites des recherches préliminaires sur les contenus soi-disant “éducatifs” ou “interactifs”.  J’irais ici plus loin en conseillant aux parents de choisir des éditeurs faisant toute transparence sur le contenu de leurs applications (achats intégrés, publicités, collecte de statistiques et autres données privées…).
  • Les enfants sont des enfants. Ils feront des erreurs. Il faut les aider à apprendre de leurs erreurs, à mieux gérer la technologie, internet. C’est le meilleur moyen de gagner leur confiance. Enfin, les parents doivent rester vigilants et ne pas hésiter à faire appel à l’aide de professionnels.

Ce sont quelques conseils simples, de bon sens pour une utilisation saine et citoyenne d’internet et de tout autre contenu numérique… D’expérience, partager la règle des 3-6-9-12 de Serge Tisseron (qui prenait appui sur les règles de l’AAP) avec les parents est toujours un moment délicat. Avec le temps, c’est même devenu un sujet que j’aborde avec des pincettes, souhaitant ne pas porter de jugement moral sur les pratiques des uns et des autres. J’ai vu à maintes reprises que le discours ne passe pas toujours. Entre ce que les parents disent et font…  Je préfère les sensibiliser sur ce qui fait un contenu de qualité. Souhaitant également éviter que l’enfant ne se retrouve seul sur la tablette, j’aime également préciser que ce qui se passe autour (un échange, un moment de convivialité et de partage) est probablement plus important, plus fort que ce qui se trouve sur la tablette elle-même. En ce qui concerne les tout-petits, il est essentiel qu’il y ait une interaction avec un adulte ou des frères et soeurs plus âgés (qu’on surveillera également) – comme précisé dans le rapport de l’Académie des Sciences de 2013.

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Aller plus loin :

 

 

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